Un piano se paie entre 300 et 60 000 €. Pour quelqu’un qui débute, deux zones concentrent presque toutes les ventes : 500 à 1 200 € pour un numérique à toucher lesté, 2 000 à 5 000 € pour un droit d’occasion révisé par un professionnel.
Entre ces deux zones, le clavier change de nature. Le budget aussi, parce qu’un acoustique continue de se payer chaque année après l’achat.
| Famille | Prix courant | Ce qu’on obtient |
|---|---|---|
| Numérique d’appoint, 61 touches | 150 à 300 € | touches non lestées |
| Numérique 88 touches lestées | 500 à 1 200 € | le seuil pour travailler sérieusement |
| Numérique meuble à marteaux | 1 500 à 4 000 € | échappement, pédale progressive |
| Droit d’étude d’occasion révisé | 2 000 à 4 500 € | 108 à 115 cm, basses molles |
| Droit d’étude neuf | 3 500 à 6 500 € | garantie, accord de mise en service |
| Droit d’expression, 121 à 131 cm | 7 500 à 15 000 € | grande table, basses tenues |
| Quart de queue d’occasion, 1,50 m | 6 000 à 15 000 € | double échappement, répétition rapide |
| Queue neuf, à partir de 1,60 m | 15 000 à 60 000 € | sans plafond au-delà |
La hauteur fait le prix, pas la marque
Sur un droit, le tarif suit la hauteur de la caisse au centimètre. Un 110 cm loge des cordes graves courtes, et ses basses restent sourdes quel qu’en soit le fabricant. À 121 cm, la corde gagne dix centimètres et la table d’harmonie un tiers de surface : l’instrument commence à porter dans une pièce.
Le queue obéit à la même logique, en longueur. Un 1,50 m d’occasion sonne souvent moins bien qu’un droit de 130 cm neuf vendu le même prix. On y achète la mécanique à double échappement, qui répète une note très vite.
Reste la provenance. Un modèle de marque japonaise assemblé en Indonésie coûte 30 à 40 % de moins que le même sorti du Japon, pour un écart inaudible en famille. Les ateliers européens démarrent au-dessus de 12 000 €.
Le numérique devient jouable vers 500 €
En dessous de 300 €, on achète un clavier : 61 touches, aucun lest, une pédale qui fonctionne en interrupteur. Un enfant qui travaille là-dessus prend des habitudes qu’un professeur met un an à défaire.
Le seuil utile se situe vers 500 €. À ce prix viennent les 88 touches lestées, une pédale forte progressive et une polyphonie suffisante pour la tenir. Au-delà de 1 500 €, la mécanique passe aux vrais marteaux.
Le numérique fait sauter trois lignes de dépense d’un coup : l’accord, le transporteur spécialisé, l’humidité de la pièce. Un casque règle le problème du voisin. En échange, l’appareil ne vaut plus grand-chose à la revente au bout de huit ans, quand un droit entretenu garde la moitié de sa valeur après trente.
L’accord se paie une à deux fois par an, à vie
Comptez 90 à 150 € pour un droit, 110 à 180 € pour un queue, déplacement compris. Deux passages par an si l’instrument sert tous les jours. Un seul suffit dans un salon où on l’ouvre le dimanche.
Dix ans sans ouvrir le couvercle ne se rattrapent pas en une visite. Il a baissé d’un demi-ton, et le remonter d’un coup casse des cordes : le technicien procède en deux ou trois passages espacés, soit 250 à 400 € avant que l’accord tienne.
Tous les cinq à dix ans s’ajoute un réglage complet de la mécanique, harmonisation des marteaux comprise : 300 à 800 € selon l’état. C’est la différence entre un piano juste et un piano agréable.
Le métier n’est pas réglementé, et n’importe qui peut se déclarer accordeur. Les organisations du secteur sont regroupées à la Chambre syndicale de la facture instrumentale : de quoi savoir à qui on ouvre l’instrument.
Le transport se facture à l’étage
Un droit d’étude pèse 200 kg, un modèle d’expression 260, un quart de queue jusqu’à 320. Ça ne se porte pas entre amis. La caisse bascule, et un cadre en fonte se fend au premier choc.
Un transporteur spécialisé demande 300 à 900 € pour un droit, jusqu’à 1 500 € pour un queue dont il faut démonter pieds et lyre. Le forfait couvre un rez-de-chaussée ; chaque étage sans ascenseur ajoute 50 à 80 €, un levage au monte-meuble 100 à 200 €.
Deux frais échappent au devis. La reprise de l’ancien instrument se facture à part, quand elle est acceptée. Et il faut réaccorder deux ou trois semaines après la livraison, le temps que le bois se stabilise dans son nouveau climat.
L’hygrométrie ne figure sur aucun devis
Un acoustique veut une pièce entre 45 et 60 % d’humidité relative. En plein hiver, un appartement chauffé tombe à 25 ou 30 % ; sous 40 %, la table d’harmonie sèche, se rétracte, finit par fendre. La réparation dépasse alors la valeur d’un piano d’étude.
Le remède économique tient dans un humidificateur de pièce, 60 à 150 €, plus un hygromètre à 15 €. Posé dans la caisse, un système qui régule seul coûte 500 à 800 € posé. Le placer contre un mur intérieur, loin d’un radiateur, ne coûte rien et règle la moitié de l’affaire.
Pour un débutant, c’est le meilleur argument en faveur du numérique : il se moque du chauffage.
Le piano à 0 € est le plus cher du marché
Les annonces de pianos donnés sont innombrables. Pas un hasard. Un droit d’avant-guerre dont les chevilles ont pris du jeu ne tient plus l’accord : rechevillage, parfois recordage, 1 500 à 3 000 € sur un instrument qui en vaudra 800.
L’ordre des opérations aggrave la note. Transport 300 à 600 €, remise au diapason en deux passages 250 à 400 €, et le verdict tombe après. Sept cents euros pour apprendre que l’instrument est mort.
D’où la règle : faire expertiser avant de faire déménager. Un technicien se déplace pour 80 à 150 € et ouvre la mécanique en une heure.
Prévoir la sortie, enfin. Évacuer un piano invendable revient à 250 ou 400 € en forfait débarras : ce meuble-là ne se dépose pas au trottoir.
Louer avant d’acheter, ce que ça coûte vraiment
Un numérique se loue 25 à 45 € par mois, un droit acoustique 49 à 89 €, transport et accord de service souvent inclus. Les contrats prévoient une option d’achat : 50 à 70 % des loyers versés se déduisent du prix de l’instrument, dans la limite de 24 ou 36 mensualités.
Deux ans de location d’un droit à 69 € font 1 656 € versés, dont 830 à 1 160 € récupérables en avoir. L’essai revient donc à 500 ou 800 € nets. C’est moins que la seule décote d’un droit d’occasion payé 3 000 € et revendu 1 800 € deux ans plus tard, transport à régler deux fois.
Deux autres pistes. Les conservatoires à rayonnement régional prêtent des instruments à leurs élèves débutants, contre caution et loyer annuel modique. Et le marché de l’occasion se détend en juin, quand les familles qui arrêtent la musique vendent, avant la tension de la rentrée.